Je vous avais prévenu qu’ il serait long de remonter aux origines de ma passion pour la moto, et d’en dérouler le film.
Si je dépasse largement le cadre que Dominique a souhaité pour cette discussion, il n’était pas possible pour moi de ne pas tout raconter. Un peu peut-être pour me faire pardonner d’être aussi « tapé » de bécanes.
Depuis mes 7 ou 8 ans, dès que j’ai eu l’âge de pouvoir me soustraire à la surveillance de mes frères et sœurs, je passais une grande partie de mes journées hors école, à regarder passer les voitures, appuyé à la barrière de bois du parc de la maison familiale, qui longeait la RN 933 en direction de Bergerac.
Un jour, deux « bleus » sont passés devant la palissade, en faisant ronfler le flat twin de leur R50 Série 2, pour monter la grand-rue du village. Un grand frisson m’a parcouru tout le corps, je n’avais jamais rien entendu de plus mélodieux !
Depuis ce jour-là, chaque jour, j’ai guetté leur passage, qui était assez régulier, puisqu’ils se postaient au carrefour, juste un peu plus loin.
Quelques semaines après, j’ai accompagné mon père qui participait à une caravane publicitaire d’artisans et commerçants, parcourant tous les cantons environnants. Ce jour béni, les motards en BMW escortaient le cortège, et faisait du remonte file, nous dépassant allègrement, sous mes yeux écarquillés. J’étais fasciné par leur façon de piloter, et par les clignotants en bout de guidon………..
A chaque fois que je dérobais, à son insu, le Terrot Lutin de mon grand- père pour parcourir les allées de l’immense jardin. Je m’imaginais être sur une BMW, comme ces flics, mes idoles.
Dans le même temps, la bonne du voisin, me voyant baver devant sa Mobylette flambant neuve, me la prêtait régulièrement pour aller lui faire le plein de mélange. J’y allais en espérant que mes parents ne m’apercevraient pas. Le variateur permettait des accélérations bien supérieures à celles du Lutin, en tout cas, rudement grisantes pour mes 9 ans. En 1969, un petit tour en passager sur la Honda 125 du fils d’un ami de mes parents a encore fait monter la pression.
Un peu plus tard, en octobre 1970 exactement, au lieu de revenir avec le dernier numéro de Pif poche, j’ai craqué tout mon argent de poche, en achetant le numéro 20 de Motocyclisme spécial Bol d’Or, que je possède toujours. Et de là, je n’ai pas cessé d’acheter des revues et de baver devant les bécanes.
Le discours parental, adressé à mes frères et sœurs plus âgés, était pourtant très clair : - « Ni mobylette, ni moto à la maison !!! »
Malin! En 1972, j’ai déniché dans le grenier des grands parents, l’Alcyon à moteur Zurcher 100cm3 que mon père avait remisé là, à la fin de la guerre, et dont il m’avait soigneusement caché l’existence. Je l’ai ramené à la maison, et sommairement restaurée, notamment faisant refaire la magnéto. Le paternel un peu ému de se replonger 25 ans en arrière, n’en a pas pour autant revu son jugement. Il m’en a toléré l’usage dans le parc de la maison, que je lui labourais consciencieusement, afin qu’il m’expédie jouer ailleurs…..en vain.
Cette même année 72, le père d’un copain, me propose me m’amener au Bol d’OR, qui se courait pour la première fois sur le Bugatti, au Mans. Ce souvenir est à jamais gravé dans ma mémoire.
De la coupe Kawa en lever de rideau à l’arrivée des 24 heures, je n’en ai pas perdu une miette.
Je bavais toujours, et de plus en plus sur les photos et les essais des revues qui commençaient à s’entasser dans ma chambre. Aux murs, point de pin-up, mais les poster d’Ago, Ravel, Offenstadt (Pépé), Saarinen, Rougerie , Mike Hailwood, Phil Read et compagnie, et le temps passait………….
En 1975, toujours contraint pas les interdictions paternelles, mais le permis bagnole en poche, je sillonnais les petites routes avec un pote qui depuis sa place de passager a repéré une bécane cachée dans les herbes d’un fossé profond.
Après examen, la moto, une Motobécane 125 latérale, 3 vitesses au réservoir semblait en état de rouler. Nous l’avons surveillé quotidiennement pendant plus d’une semaine, en espérant que son propriétaire ne viendrait pas la récupérer, et au bout de ce délai, n’y tenant plus, je l’ai chargé dans le J7 paternel, et ramené de facto, à la maison.
Grâce à la générosité d’une figure locale du Grass track , qui me refilait ses vieux pneus, trop usés pour la course, je l’ai copieusement « endurisée », en fabriquant un grand guidon, et en supprimant tout ce qui pesait, en remplaçant la commande des vitesses au réservoir trop ringardes par une commande au pied, via une tringlerie d’essuie- glace récupérée . Un échappement relevé prélevé sur une épave de 2cv, une culasse rabotée, un gicleur plus gros, j’avais bien dû gagné 0,5 ch ! Des pneus en guise de garde boue, et roule ma poule dans tous les terrains vague de la commune, et dans les chantiers où de grosses buttes de terre, me permettaient quelques figures.
Les 125 me semblant un peu juste, je l’ai revendue pour une poignée de figue, et j’ai dealé une 175 culbutée, toujours sans papier (et sans permis) qui a subi le même traitement. J’y ai remplacé le cadre à suspensions coulissantes par un « oscillant », et un peu préparé le moteur façon ZS. C’est la première fois que je dépassais le 80 km/h chrono. Un vrai avion !
Puis à l’armée, passage du permis, et quelques trajets Bordeaux Miramont avec la Honda 125 K4 que mon adjudant préférait me confiait « pour la rôder », mais toujours pas de vraie moto à moi .
Il m’a fallu attendre 1981 pour acheter une Honda CB 350 viel Or, qui roule toujours à ce jour.
Revendue en 1984, pour une longue période d’abstinence, en vertu du traditionnel sevrage « enfants maison », mais toujours avec la ferme intention de replonger un jour. Du reste, les revues motos continuaient à s’amonceler. J’ai conservé toutes les photos de ces complices d’évasions.
A Pentecôte 2004, des amis m’offrent la location pour un week-end d’une Bandit 600 S. Merci Francis (K12). Trip inoubliable de 1000 km en Aveyron, qui me confirmera que la moto, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas……….
En décembre 2004, j’achète de la 650 Deauville d’un ancien collègue de travail à 4ans ½ et 1600 km.
Quelques mois plus tard, c’est mon arrivée sur le forum. La suite, beaucoup ici la connaissent, elle s’ écrit ici depuis plus de 15 ans.
Alain 24, fut le premier Moto Gtiste rencontré en chair et en os, puis Christian 33 . Nous avons fait ensemble, le premier voyage vers les Moto GT days à Murol.
Les sorties et Moto Gt days se sont enchainées , et les amitiés qui en sont nées sont sincères, fortes, et indéfectibles. On accueille, et on est accueilli chez un Moto Gtiste, comme chez un frère. C'est unique !
